Scop en action

Oblik, le nouveau magazine d'Alternatives Économiques

C’est quoi Oblik ?

Oblik est une nouvelle revue éditée par Alternatives Economiques, disponible en kiosque et en librairie. C’est un « mook », un objet imprimé hybride, à mi-chemin entre le livre et le magazine, sur le modèle de la revue XXI. Cette nouvelle publication de 144 pages a été tirée à 20 000 exemplaires et si tout se passe bien, on envisage d’en faire un numéro par an. Le dossier du premier numéro, qui vient tout juste de sortir, est une sorte de manuel de survie contre les idées reçues pour aider le lecteur à s’y retrouver dans l’avalanche de fausses évidences qui polluent le débat public.

Quel est le concept d’Oblik ?

L’originalité d’Oblik, c’est de faire appel à des illustrateurs pour dessiner des graphiques. Pour chaque idée reçue, un journaliste d’Alternatives Economiques est allé chercher les chiffres les plus pertinents pour y répondre, et on a ensuite confié le tout à un dessinateur. Le résultat est surprenant. On voulait en mettre plein la vue aux lecteurs. A l’arrivée, cela dépasse nos espérances. Plus de 20 illustrateurs différents ont participé au projet. Cela donne une diversité graphique vraiment intéressante.


oblik


Pourquoi le nom « Oblik » ?

Avec « Oblik », on est dans le champ thématique visuel. Et c’est bien la particularité de cette nouvelle publication : miser sur le graphisme et l’illustration pour donner à comprendre l’information. Dans Oblik, il y a du dessin, de la BD, des infographies, de la photo… Mais il y a aussi cette volonté de faire un pas de côté. Comme avec Alternatives Economiques, on essaye de faire entendre une autre voix, discordante dans le concert médiatique. La vision du monde que l’on vous propose dans cette nouvelle publication n’est pas orthogonale, mais bien oblique. Avec ce petit décalage qui permet de voir les choses sous un jour nouveau.

Quels sujets d’actualité sont traités dans la revue ?

La revue est structurée autour d’un gros dossier d’une centaine de pages qui vise à tailler en pièces 40 idées reçues. Il y a d’autres rubriques, comme un décryptage dessiné sur la France périphérique, un reportage illustré sur les Grands Voisins, une fabrique solidaire à Paris, un portfolio qui montre la Turquie comme vous ne l’avez jamais vue, ou encore une BD qui renouvelle le débat entre économistes…
 
Comment le modèle coopératif a participé à la naissance du magazine Oblik ?

Pour nous le modèle coopératif est le meilleur garant qui soit de notre indépendance éditoriale. Le journal n’appartient pas à un marchand d’armes mais à ses salariés et à ses lecteurs. C’est vraiment une force. Plus largement, l’esprit coopératif qui anime notre Scop stimule aussi à mon sens la créativité des salariés et est un puissant moteur d’investissement et de motivation. Deux ingrédients qui ont permis à un projet innovant comme celui d’Oblik de voir le jour.

Du coup, doit-on s’attendre à avoir de l’actualité en lien avec l’ESS et les coopératives ?

Dans le premier numéro, il y a un long reportage sur les Grands Voisins, un ancien hôpital parisien à l’abandon géré par trois associations. C’est une initiative très stimulante issue de l’univers de l’ESS, que je vous invite à découvrir en feuilletant Oblik.
 

L'Artésienne, une entreprise de valeurs

Artésienne

L’Artésienne vient de fêter ses 50 ans. Installée à Liévin, dans le Pas-de-Calais, cette imprimerie, qui tient le cap dans un secteur pourtant considéré en plein déclin, a toujours eu en elle l’ADN “Scop”. Cela se ressent particulièrement auprès des salariés, très attachés à leur entreprise. Quel est le secret d’une telle réussite ?

Pour cet anniversaire, Marcel Caron, 87 ans, le fondateur, était présent. « Il était ému et ça se voyait », a noté Abdellah Benhamou, directeur et président du conseil d’administration. En 1967, avec sept salariés d’une autre imprimerie, il avait voulu « créer un outil de travail qui leur soit propre et leur permette de s’épanouir et de valoriser leur savoir-faire ». Cinquante ans après, le rêve est toujours réalité.
Fin juin, deux demi-journées portes ouvertes ont permis de faire découvrir aux clients et aux familles des salariés le fonctionnement de cette société qui a adopté, dès sa création, le statut de Scop. « Des clients sont venus de toute la France. Nous avons ainsi mesuré l’attachement qu’ils portaient à l’entreprise », se rappelle le dirigeant.
Cet attachement se manifeste également du côté des employés. Pour eux, leur imprimerie incarne une fierté et un projet d’entreprise dans lequel chacun se reconnaît et s’implique. Ainsi, vingt des soixante-deux salariés se sont portés volontaires pour organiser de A à Z cet anniversaire, allant même jusqu’à changer de logo, réalisé en interne par un graphiste. Tout le monde a voté pour la proposition qui correspondait le mieux à l’entreprise avec une signature qui résume l’essentiel : “l’Artésienne, l’imprimeur de valeurs”.

Étonnement
« Nous sommes fiers d’avoir perpétué l’ADN originel de l’entreprise au fil des années et de l’avoir transmis aux nouvelles générations », poursuit le directeur. Abdellah Benhamou se souvient de son stage de huit semaines à l’Artésienne, en 2003. Un stage qui l’a profondément marqué : « J’ai vu des gens se prendre le bec fortement et, plus tard, discuter autour de la machine à café comme si de rien n’était. Ici, on se dit les choses et personne ne s’en tient rigueur. » Transparence et rapports simples au quotidien font que les gens se sentent bien.
Agréablement surpris par l’ambiance qui règne au sein de l’entreprise, les nouveaux arrivants sont aussi étonnés par son modèle managérial, avant tout participatif. Des exemples ? En 2015, l’entreprise a dû investir dans des nouvelles machines pour rester compétitive. Ce sont les techniciens qui ont choisi “leur” outil de travail. Ils sont allés quatre fois en Allemagne chez les fabricants pour tester le matériel. « C’est normal qu’ils aient leur mot à dire ! Les opérationnels sont les premiers concernés puisque ce sont eux qui accomplissent les tâches », souligne le directeur. Un autre exemple : une fois par mois, chacun des responsables de secteur réunit, les membres de son équipe pour faire le point, recueillir les avis, trouver des solutions... Un "feed-back" important qui permet de piloter au mieux les missions. « Cela évite des frustrations qui pourraient devenir des problèmes si on les laissait traîner », explique notre interlocuteur.

Au-delà de l’obligation légale
De même, tous les trois ans, l’ensemble du personnel participe au plan stratégique de l’imprimerie et décide des objectifs à atteindre. Personne n’est considéré comme un numéro et chacun a un rôle à jouer. « Les gens ont besoin de savoir où ils vont, surtout dans un secteur considéré comme anxiogène et où l’on voit des imprimeries fermer sans arrêt. Savoir que chacun peut intervenir et donner une orientation à l’avenir de l’entreprise rassure », insiste Abdellah Benhamou. Et l’imprimerie tient le cap en diversifiant ses activités et en misant davantage sur le digital. À l’écoute de ses clients et des évolutions technologiques, l’Artésienne s’adapte et forme les salariés en conséquence. « Dans ce domaine, nous avons un budget qui dépasse trois fois les obligations légales », affirme le dirigeant. Une valeur ajoutée qui s’exprime aussi par l’obtention de plusieurs certifications. Un gage de qualité pour les clients.
Cet ensemble d’ingrédients pérennise l’activité de l’Artésienne et fait d’elle, depuis cinquante ans, une entreprise de valeurs, dans tous les sens du terme !


Fiche d’identité
Date de création : 23 juin 1967
Activité : impression
Nombre de salariés : 62
Chiffre d’affaires en 2016 : 9,5 millions d’euros (32 % venant de marchés publics)
Particularité : le plus gros de ses clients ne dépasse pas 3 % du chiffre d’affaires
Nombre de clients actifs : 600
 

Syndex, un désir de cohérence

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Nouveau site Internet, nouveau logo, la Scop Syndex qui forme et accompagne les représentations des salariés, a totalement repensé sa communication pour mieux refléter son positionnement et ses valeurs.

Le milieu de l’expertise comptable requiert discrétion et confidentialité. « Nous voulions faire sérieux mais il y avait un vrai décalage entre ce que nous vivons au sein de Syndex et l’image que nous laissions voir à l’extérieur », analyse David Dupuy, le dirigeant. Le site Internet reflétait une certaine froideur  alors qu’en interne, c’est la proximité et l’accessibilité qui sont favorisées.
L’entreprise fonctionne sur le principe d’autogestion depuis sa création en 1971. « Mais accéder au statut Scop en 2012 a été une façon de rendre visible notre positionnement. Il était temps d’affirmer notre identité, c’est-à-dire un cabinet d’experts au service des représentants du personnel, et de faire évoluer notre communication dans ce sens », dit-il.

Ce désir de cohérence a poussé à la refonte du site web en remettant en exergue la notion de proximité, de conseil et d’accompagnement au service des élus de comités d’entreprise (CE), de comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) et des délégués syndicaux. « Les consultants sont mis en avant », insiste David Dupuy. Même démarche pour le logo qui a été repensé : deux symboles en forme de fer à cheval se rejoignant et évoquant une poignée de main, derrière lesquels se devine le “S” de Syndex. Et une identité qui s’affirme jusqu’à dans la signature des mails : “Syndex, l’expertise engagée”.


L’essentiel de Syndex
Nombre de salariés : 450 (17 bureaux en France et 6 à l’étranger)
Nombre de missions : 2 100 par an
Chiffre d’affaires consolidé en 2016 : 50 millions d’euros
 

Eltic se prend la main

Eltic

Avec l’appui de leur ancienne patronne, les salariés d’Eltic, une société bretonne spécialisée dans l’électricité, ont repris leur entreprise en Scop.

Que Guylène Lucas prenne sa retraite, cela n’a surpris personne. Elle l’avait annoncée il y a un an. Mais de là à ce qu’elle passe le flambeau de son entreprise à ses salariés, personne ne s’y attendait. « Sans qu’on le sache, elle avait doucement préparé le terrain en nous déléguant certaines tâches », explique Nicolas Le Roch, devenu, depuis un an, cogérant de la société avec Marc Le Houédec.
Jérôme Carpinelli, délégué de l’Union régionale des Scop de l’Ouest, intervient alors pour présenter le nouveau statut et parler de la valorisation de la société : « Il était important de vérifier que chacun adhère à un projet d’entreprise et non par intérêt personnel. »
Après un mois de réflexion, dix salariés sur les quinze deviennent associés et apportent 5 000 euros chacun, soit un total de 50 000 euros.  ticket d’entrée de 5 000 euros, financé grâce à un prêt d’honneur à 0 %. Ils se forment également à la gestion, ce qui va permettre à ces nouveaux « chefs d’entreprise » d’obtenir la confiance de deux organismes bancaires qui leur accordent 400 000 euros supplémentaires.

« Ce qui a changé, c’est que nous partageons maintenant l’ensemble des décisions », s’enthousiasme Nicolas Le Roch. Leur projet ? « Nous avons un an de commandes assuré. Mais nous devons d’abord consolider ce que nous avons déjà », souligne-t-il. La volonté collective de tous les acteurs et l’appui du Mouvement Scop ont permis qu’Eltic réussisse en douceur la transmission à une nouvelle génération.


L’essentiel d’Eltic
Métier : électricité générale
Date de la reprise : septembre 2016
Nombre de salariés : quinze dont dix associés
Chiffre d’affaires en 2016 : 1 415 500 euros
Siège social : Saint-Avé (Morbihan)
 

Alternmobil, livreur petites distances mais avec de grandes ambitions

Si ses véhicules écologiques sont spécialisés sur les courtes distances, AlternMobil est une société qui aspire à aller loin ! Créée en 2008 sous la forme d'une entreprise classique, c'est aujourd'hui une Société coopérative d'intérêt collectif (Scic) en plein déploiement.

Bullitt fondu Capitole Alternmobil rec

Des colis et des hommes
À l'origine, AlternMobil est une société de vélo-taxi. Pour la modique somme d'un euro par km et par personne (+ un euro de prise en charge), elle propose ses services de transport à celles et ceux qui souhaitent se déplacer rapidement et écologiquement dans le centre-ville de Toulouse. Les véhicules atypiques de la flotte permettent également de vendre des espaces publicitaires originaux et particulièrement visibles. Le modèle économique de la société ayant toutefois atteint ses limites, elle a su faire évoluer son projet pour continuer son développement. Elle s'est ainsi orientée vers le marché de la livraison de colis, initialement à destination des cavistes et des fleuristes, puis vers celui de la messagerie. Si elle véhicule toujours les personnes, en particulier lors d'événements, sa spécialité actuelle est la « livraison du dernier kilomètre » conjuguant efficacité et écologie. Les petits véhicules propres d'AlternMobil (fourgonnettes électriques, triporteurs, biporteurs, …) se faufilent bien plus aisément dans les petites rues du centre-ville que les camions des transporteurs habituels, en particulier dans les zones à accès réglementé. Les opérateurs nationaux de la messagerie ne s'y sont pas trompés et sous-traitent cette dernière étape à AlternMobil, gagnant en efficacité et fiabilité et, par conséquent, en satisfaction des clients. Aujourd'hui, elle distribue 2 000 colis par jour après les avoir centralisés dans ses entrepôts.

Esprit de coopération
Fondée en 2008 à l'initiative de Cyril Marcerou , aujourd'hui gérant, l'entreprise a fait évoluer ses statuts en même temps que son projet. Créée sous forme de SARL, elle s'est dans un premier temps transformée en Scop afin de pouvoir associer les salariés, avant de devenir Scic en 2013, permettant l'arrivée des collectivités au capital. Aujourd'hui, 60 % du capital de l'entreprise est détenu par les salariés, 17 % par Toulouse Métropole, le reste se partageant entre des financeurs mécènes et des usagers bénéficiaires.
L'arrivée en 2014 d'un autre acteur sur le même créneau a sérieusement freiné le développement de la structure. Face au risque d'entraîner des difficultés pour les deux acteurs, AlternMobil a relevé le challenge en travaillant à la fusion des deux entreprises plutôt qu'en exacerbant l'opposition. En 2015, cette fusion-absorption a induit des besoins financiers accrus (augmentation du besoin en fonds de roulement, augmentation de l'investissement matériel, etc.). L'UR Scop a soutenu AlternMobil en l'accompagnant dans cette étape cruciale en mettant à disposition son savoir-faire et ses outils financiers. Ils ont conjointement travaillé à une levée de fonds pour répondre aux besoins de trésorerie et à la mise en place d'un business plan leur permettant d'envisager sereinement la suite de leur déploiement.     

Déploiement
Les services initialement proposés sur Toulouse présentent le même intérêt dans de nombreuses villes. C'est pourquoi la société aspire à ouvrir d'autres agences au niveau national. La première s'est implantée à Nice en janvier 2016, suivie d'une autre à Montpellier dans la même année. Convaincue de la pertinence de son modèle, AlternMobil ne compte pas en rester là et vise l'ouverture de dix agences en trois ans. L'ouverture de chaque agence implique le recrutement de quatre salariés minimum : un responsable d'agence, un responsable de compte et deux coursiers. Pour atteindre ses objectifs, AlternMobil a lancé une campagne de financement participatif via la plateforme Wiseed pour compléter le soutien acquis auprès d'autres organismes (Socoden, Comptoir Innovation...). Cette campagne a récolté 140 000 € de promesses, résultat de bon augure.

Un nouveau concept de service
Outre le déploiement national, AlternMobil veut également aller plus loin dans les services proposés. Elle a ainsi imaginé le concept « d'hôtel logistique » à destination des commerçants. En plus de la centralisation de leurs commandes, livrées en une seule fois, il s'agirait de proposer de l'espace de stockage distant (augmentant la surface de vente). Les commerçants pourraient suivre informatiquement leur stock et se faire livrer leur réassort à la demande par les véhicules de la flotte en fonction de leurs besoins.
 

Alternmobil en chiffres
▪ 54 salarié.e.s
▪ 16 associé.e.s
▪ 1 million d'euros de CA
www.alternmobil.net

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Les salariés de Cabrol ont ferraillé pour garder leur outil de travail

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Suite à son placement en redressement judiciaire en janvier 2015, on pouvait croire que l'entreprise Cabrol (Mazamet, 81), reconnue dans la construction d'ouvrages métalliques, vivait ses derniers instants. C'était sans compter sur les 35 salariés, qui, après leur licenciement, ont décidé de reprendre l'entreprise en coopérative par le biais d'une prise de capital équivalent à leurs droits à l’aide à la reprise ou à la création d'entreprise (Arce) complétée d’un apport personnel de 2 à 3 mois de salaire.

En contrepartie, ils ont eu l'assurance d'être réembauchés dans les mêmes conditions salariales. « Laisser tomber cette entreprise aurait été un énorme gâchis. Entre le désir de préserver nos emplois et la certitude de réussir de belles choses, le choix de la Scop a été vite fait. » résume Christian Vertadier, président du conseil d’administration. Mais, sans la participation de partenaires séduits par le projet rien n'aurait été possible. L'expertise de l'UR Scop a donné du crédit à la démarche. Du coup, l'apport de 930 000 € des salariés a été abondé par la Scop Alkar (30 000 €), Socoden - dispositif de financement du Mouvement Scop (126 000 €) -, Midi-Pyrénées Active, le Crédit Coopératif et BTP Banque à hauteur de 100 000 € chacun.

Le soutien de l'UR Scop et de Midi-Pyrénées Active ont également déclenché un prêt de la Caisse des dépôts d'un montant équivalent à leurs apports réunis. Fin 2016, c'est la Scic IéS (financeur de projets ESS) qui leur prête 49 000 € pour l'achat de ponts roulants et consent à une prise de participation. Elle met également à leur disposition un analyste financier et un expert industriel pour leur permettre de mieux s'emparer de ces questions. Le savoir-faire de la Scop a fait le reste et lui a permis de décrocher depuis de grands chantiers comme la piscine de Meaux, l'extension d’une usine Gerblé ou une extension à l’aéroport de Nice.

Cabrol en chiffres
▪ 55 salarié.e.s
▪ 35 associé.e.s
▪ 10 700 000 € de CA sur 17 mois

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Evosens, des solutions en optique, de la R&D à la fabrication

photo4©evosens


EvoSens, située à Plouzané (29), est une entreprise innovante spécialisée dans l'ingénierie optique. Les 6 salariés fondateurs, ingénieurs en optique, mécanique, électronique ou développement informatique, ont connu ensemble les limites d'une entreprise classique dirigée par un seul homme.

En 2009, ils créent leur propre outil de travail sous statut Scop, qui correspond bien au mode de gouvernance qu'ils recherchent. « Ce fut aussi le moyen de reconnaître le travail de chacun dans la conception d'un produit et d'acter la propriété intellectuelle collective », explique François Frénéat, directeur administratif et financier. Capables de concevoir des systèmes optiques de mesure, de vision, ou d'éclairage pour des industriels ou des laboratoires de recherche, ils assurent aussi le prototypage et la fabrication de petites séries. Leurs ingénieries ont de multiples applications : la médecine, l'environnement, l'industrie ou l'agroalimentaire avec des optiques de mesure spectrométrique pour le contrôle industriel, pour les tests en laboratoire, des lasers et capteurs pour le traitement des eaux, ou encore des éclairages et balises pour des phares. « La reconnaissance de notre savoir-faire se mesure à l'évolution de notre clientèle. La part des PME et des grands groupes industriels a progressé depuis deux ans, par rapport aux organismes publics comme l'Institut français de la mer, le CNRS, le CEA, l'université de Bretagne... ou des laboratoires de recherche médicale ou pharmaceutique », commente François Frénéat.

Relativement protégée des aléas économiques actuels, en raison de la diversité de ces domaines d'interventions, l'entreprise a de nombreuses perspectives de développement : « La R&D, couplée à l'activité de production, joue une part essentielle. Nous préparons l'avenir en travaillant sur des technologies de pointe que nous pouvons ré-utiliser. C'est un réel potentiel. »

EvoSens en chiffres
▪ 17 salarié.e.s en CDI dont 3 en alternance
▪ 10 associé.e.s
▪ Environ 1 500 000 € de CA
www.evosens.fr

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"Je n'ai plus de voitures, j'ai Citiz"

Citiz_Station_1.jpg Jean-Baptiste Schmider se souvient : « Autrefois, j’avais une voiture. Je l’utilisais si peu qu’il m’arrivait de ne plus savoir où je l’avais garée ! » Dans sa ville, ce Strasbourgeois préférait utiliser les transports en commun ou le vélo. Avec quelques amis, il partage ce constat : « Nous avions tous une voiture qui passait 95 % de son temps à dormir dans un coin... » Ils décident de mutualiser ce qu’ils perçoivent comme un objet encombrant, coûteux et polluant : début 2001, l’association Autotrement est créée avec trois voitures d’occasion pour une dizaine d’utilisateurs. Quinze ans plus tard, le réseau Citiz, c’est 1 100 véhicules en France, 25 000 utilisateurs, 70 salariés et quinze structures régionales fédérées au sein d’une coopérative de consommation. Jean-Baptiste Schmider est un des co-gérants du réseau et il travaille à temps plein comme directeur général de Citiz Alsace (190 véhicules sur 75 stations et 5 000 utilisateurs). La preuve que l’idée de l’autopartage répondait à un véritable besoin social.

Le choix coopératif

À Strasbourg, l’association, qui est passée de 10 utilisateurs à une centaine sur sa seule première année, ne peut plus reposer sur le seul bénévolat. Au fur et à mesure de son développement, elle embauche trois salariés. Il lui faut également s’équiper d’une technologie de gestion adaptée (les feuilles de planning et les petits carnets de kilométrages ne pouvaient durer qu’un temps). L’équipe se dote donc d’une expertise et d’outils internet performants qui s’affineront avec le temps. « C’est le moment où nous nous sommes dit : puisque nous savons gérer des voitures à distance sur Strasbourg et son agglomération, nous pouvons très bien le faire ailleurs. » Des contacts sont établis avec des personnes intéressées à Marseille, Lyon et Grenoble et, fin 2002, une coopérative d’entreprises regroupe ces quatre premières structures locales. À Strasbourg, les promoteurs se sentent de plus en plus à l’étroit dans leur statut associatif et décident de passer en Scic. « C’était, explique Jean-Baptiste Schmider, la formule juridique qui nous allait comme une chaussure à notre pied ! On voulait associer les utilisateurs, les collectivités, les exploitants de transports tout en développant un véritable projet économique. Avec des parts de 500 €, on calculait qu’avec 20 nouveaux sociétaires, on pouvait investir dans une nouvelle voiture. » Aujourd’hui, Citiz Alsace rassemble 400 sociétaires.

Inventer toujours

Quinze ans après son démarrage, Citiz voit se développer autour d’elle de nouvelles initiatives dans le champ de la mobilité. Blablacar ou Uber, des modèles économiques bien différents du sien et de ses valeurs, investissent le créneau. Si, aux yeux de Jean-Baptiste, toutes les initiatives qui vont dans le sens d’une alternative à la « voiture solo » sont positives, il demeure perplexe face à la concurrence que cela engendre. D’autant que les modèles économiques ne sont pas les mêmes : « Entre les start-up qui visent une rentabilité lointaine et les grands groupes qui mettent des millions sur la table pour investir le marché et ont les moyens de perdre de l’argent, notre modèle social et solidaire est paradoxalement le seul à devoir rechercher un équilibre économique. » Un sacré pied de nez tendu par cette économie qu’on caricature trop souvent comme... pas assez économique ! Citiz a donc l’obligation d’innover et de proposer de nouveaux services. Née il y a un an, Yea est la dernière réponse du réseau : des voitures en libre-service intégral, localisables avec son smartphone et re-déposables n’importe où. C’est Citiz qui l’a inventé !

www.citiz.coop/

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Techni Conseil : un passage de témoin réussi

Techni-Conseil est une entreprise spécialisée dans l’étude, l’ingénierie et la maîtrise d’oeuvre de travaux en voirie et réseaux divers qui a adopté le statut de Scop en 2012. Cette mutation originale s’est réalisée à l’initiative de deux de ses collaborateurs, Cédric Hochart et Émilie Le Toux. « Nous avons été amenés à reprendre Techni Conseil sous forme de Scop suite au départ à la retraite de notre patron : c’est lui qui nous a proposé de racheter la société ». En effet, selon Gilbert Pierrat, ancien gérant de la Sarl, « Les meilleurs repreneurs sont les gens qui travaillent dans l’entreprise, parce qu’ils connaissent la technicité, la clientèle et le fonctionnement. » Devenus les co-gérants de la Scop, Cédric Hochart et Émilie Le Toux se souviennent avoir été bien préparés à reprendre la société au fur et à mesure des années : « Il nous a laissés nous exprimer, ce qui a permis de nous émanciper et de prendre plus d’assurance pour une meilleure transmission. »

Un accompagnement performant

Durant une année, l’UR Scop Grand Est les a accompagnés sur le diagnostic de l’entreprise, la viabilité du projet, le montage juridique et la recherche de financements. Ce suivi a été fondamental dans la réussite du projet. « Une personne vous accompagne tout au long de la transformation, ses conseils sont essentiels ainsi que le suivi du point de vue comptable et législatif. » En ce qui concerne les financements, le rachat a été possible grâce à différents prêts bancaires, à la bourse d’émergence du Conseil régional de Lorraine (dispositif d’aide à la création de projets sous statut coopératif), et les investissements privés de six salariés sur huit qui se sont associés pour entrer au capital de l’entreprise. Depuis fin 2012, Techni Conseil appartient donc aux personnes qui y travaillent et le bureau d’ingénierie s’est installé en septembre 2014 dans de nouveaux locaux à Norroy-lès-Pontà-Mousson (Meurthe-et-Moselle) grâce à l’aide du maire. La plupart des partenaires ont bien accueilli ce changement et « de nouveaux clients se sont adressés à nous parce qu’ils partageaient les mêmes valeurs coopératives ». La clientèle a ainsi été pérennisée et Techni Conseil intervient aujourd’hui dans tous les départements lorrains mais également en Champagne.

Se serrer les coudes

Bien que tous les salariés aient été associés aux grandes orientations de l’entreprise et que les décisions importantes se prennent en commun, Techni Conseil n’échappe pas aux difficultés économiques actuelles : contexte économique morose et baisses de dotations aux collectivités qui représentent une part importante de la clientèle. De plus, les emprunts sont lourds et ne seront remboursés que dans trois ans. Adopter le statut Scop a cependant soudé les liens au sein de l’équipe et « l’implication de tous amène à se motiver les uns les autres et à se serrer les coudes dans les moments difficiles ! » Cette force collective permet à la société de continuer son chemin et de développer son activité pour s’adapter à la demande. Avec son agence de Saint-Avold (Moselle) et son antenne de Pouxeux (Vosges), le bureau travaille sur de nombreux projets en étude ou en phase de réalisation, en suivi de travaux de lotissements, d’aménagements de voiries et de réseaux. Chaque année, ce sont près de cent maîtres d’ouvrages publics ou investisseurs privés qui font appel à Techni Conseil pour concevoir et réaliser leurs projets.

www.techni-conseil.fr
 

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RC2C, entreprise responsable et pérenne depuis 30 ans

equipeRC2CL’agence conseil en communication RC2C s’est développée depuis sa création en 1985 tout en ayant à cœur d’intégrer l’éthique et la responsabilité sociétale à l’ensemble de ses projets. Ce dont atteste son évaluation AFAQ 26000 réalisée en 2014 à laquelle elle a obtenu le niveau d’exemplarité !

Pas étonnant alors que son dirigeant fondateur, Michel Lacroix, qui souhaitait prendre sa retraite propose en avril 2014 aux 24 salariés de reprendre le flambeau. C’est chose faite depuis octobre dernier avec la transformation en Scop de l’agence de communication rochelaise, également présente à Nantes, qui réalise 50 % de son chiffre d’affaires auprès de décideurs publics (mobilité, gestion des déchets, sensibilisation au tri…) et le reste auprès du secteur privé.

Pour concrétiser son projet, RC2C a eu le soutien de l’UR Scop Poitou-Charentes, la Région Poitou-Charentes, Initiative Charente-Maritime, les outils financiers du Mouvement Scop dont Socoden, le Crédit Mutuel et le Crédit Coopératif. Sylvain Ferlac, concepteur web, et Cécile Vanderkelen, consultante en stratégie, ont été nommés par leurs collègues, 20 associés au total, respectivement PDG et directrice générale déléguée. « Ce choix est une façon d’affirmer notre volonté de travailler sur un mode collaboratif au sein de l’agence, autant qu’avec nos clients et partenaires », explique la jeune Scop sur son site internet.

www.rc2C.fr
 

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Ressources T, un travail d’insertion aujourd’hui pour du travail durable demain


P1100723Ressources T est reconnu sur Rennes depuis 1994, pour avoir accompagné plus de 1 200 personnes vers l’emploi. Cette association est un ensemblier de trois entreprises d’insertion par l’activité économique membre du réseau Envie : Envie 35 (association de rénovation et vente d’appareils D3E, Envie Logique & Transport Bretagne SAS et Envie 2E recyclage Bretagne, qui démantèle, dépollue et recycle des déchets dont les D3E et les DEA (déchets d’éléments d’ameublement). Ressources T accueille chaque année plus de 140 salariés (dont plus de 100 salariés en insertion), réalisant 5,8 millions d’euros de chiffre d’affaires.

La transmission de la gouvernance du projet couplée à la volonté de renforcer la stratégie de développement de l’ensemblier, ont conduit les bénévoles de Ressources T à vouloir partager le projet plus largement. Cette réflexion les a amenés à proposer aux salariés de l’association et des trois structures Envie et aux partenaires publics et privés, de prendre une nouvelle place dans la structure en devenant tous associés et en comptant donc dans la gestion de l’ensemblier. La forme juridique alors retenue est celle de la Scic qui offre le cadre du multisociétariat (association de parties prenantes ayant un lien différent avec le projet économique). La transformation de l’association en Scic a été décidée le 23 novembre dernier.

Ressources T, renforcé dans sa gouvernance par cette démarche, continue avec la même ambition : « lutter contre l’exclusion par le travail en créant une activité authentiquement économique dont la rentabilité est la condition nécessaire à la création de nouveaux emplois ». La Scic s’appuie sur trois commissions « Insertion et innovations sociales », « Prospectives et développement durable » et « Vie coopérative » pour animer la coopération entre tous les associés et partenaires.

www.ressources-t.org